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11 juillet 2017

L’histoire perdue : quand l’illustrateur désobéit à l’auteur !

Les enfants (et les adultes, avouez) sont fascinés par le travail de l’illustrateur. Lorsqu’on est sans talent en dessin comme moi (et non un sans-dessein de talent !), on ne peut qu’être admiratif devant leurs oeuvres. L’illustration, c’est en grande partie ce qui fait que les albums sont ma passion. J’adore les lire et j’aime encore plus les écrire. Le travail de l’illustrateur apporte souvent le texte de l’auteur plus loin. Je pense entre autres à une expérience personnelle; j’ai eu le plaisir de travailler avec Fil, du duo Fil et Julie, pour l’album Thomas, prince professionnel. Non seulement ses illustrations sont magnifiques mais, en plus, à plusieurs moments dans l’histoire, il a trouvé une façon d’ajouter un deuxième sens humoristique à mon texte. Ma narration ne laisse aucun doute sur les aptitudes de sauveteur de princesses de mon prince Thomas. Pourtant, à de nombreuses reprises, les illustrations ne nous laissent pas aussi convaincus… Quel bonheur pour une auteure et pour le lecteur de remarquer ces nuances précieuses dans une oeuvre. Ce sont des petites surprises, des moments « sourire »…

L’histoire perdue

Chez les éditions Seuil Jeunesse, on a eu envie de mettre en scène le dialogue de création entre l’auteure, Meritxell Marti et l’illustrateur, Xavier Salomo. Bien entendu, ils vont au-delà des petits questionnements quotidiens… Ils nous démontrent ce qui arrive quand l’illustrateur décide d’en faire seulement à sa tête. Ça donne un petit bijou d’album, L’histoire perdue, que les enfants adoreront explorer !

Dès la première page, l’auteure écrit :

« Éva a hâte d’y être. Elle met sa jolie robe bleue et ses ballerines dorées. »

« L'histoire perdue » quand l'illustrateur désobéit à l'auteur

Mais sur l’illustration, on la voit enfiler un ensemble kaki d’exploratrice. Rien à voir avec la consigne de départ. Une petite note de l’auteure vient préciser l’erreur à l’illustrateur, tout en lui laissant quand même le bénéfice du doute. Mais, au fil des pages, malgré les réprimandes de l’auteure, l’illustrateur change les lieux, les péripéties, bref, il prend le contrôle de l’histoire. Au point où l’auteure abandonne son travail et le laisse continuer seul, ce qui donne donc quelques pages sans texte, où le lecteur doit comprendre ce qui se passe seulement grâce aux illustrations. Il y avait une histoire de départ et celle-ci en rendue complètement ailleurs. Comment tout cela va-t-il se terminer? La fin est mignonne et la lettre d’excuse destinée à l’auteure à la fin de l’histoire est parfaite. Une histoire bien ficelée et bien bouclée !

« L'histoire perdue » quand l'illustrateur désobéit à l'auteur

Avec les élèves

Bien sûr, par son originalité, L’histoire perdue est un incontournable dans une bibliothèque de maison ou de classe. Il l’est aussi pour démystifier la collaboration auteur/illustrateur et mesurer les impacts qu’ils ont sur le travail de l’autre, pour jaser de travail d’équipe et de compromis, pour travailler les prédictions (car l’auteure se questionne toujours sur le pourquoi des choix de l’illustrateur) et pour donner envie d’écrire à la façon d’un cadavre exquis modifié. Au lieu de ne pas savoir du tout ce que la personne nous précédant a écrit, on doit modifier une information de son histoire. Ainsi, un élève tient le rôle de l’auteur, tandis que l’autre est l’illustrateur. L’auteur écrit un paragraphe et l’illustrateur doit modifier une seule donnée. L’auteure devra ensuite tenir compte de cette nouvelle donnée et poursuivre son histoire. La longueur du texte peut facilement s’adapter au niveau des élèves.

Petit exemple :

Auteur : « Justine est dans la cuisine. Elle commence une recette de biscuits au chocolat. »

Illustrateur : Il dessine Justine, qui popote dans sa piscine.

Auteur : « Justine aime parfois cuisiner dans des endroits inusités. Une fois la préparation bien mélangée, elle décide de la manger sans la faire cuire. Miam, c’est bon ! »

Illustrateur : On voit Justine qui goûte au mélange et se retrouve avec un insecte dans la bouche. Elle n’apprécie pas.

Vous comprenez le principe?

Les enfants s’amuseront comme des fous à écrire en folie. N’est-ce pas tout ce qu’on leur souhaite, d’écrire en s’amusant? À la rentrée, ce serait une bonne façon d’écrire des souvenirs de vacances « modifiés », question de faire un peu changement des autres années.

Si vous en avez envie, vous pouvez, en grand groupe, écrire des courriels à des auteurs ou des illustrateurs pour leur demander comment se passe le travail d’équipe. Il est souvent très facile de les joindre via Facebook (ils sont nombreux à avoir une page professionnelle) et ce sera très enrichissant pour les enfants.

L’histoire perdue
Meritxell Marti & Xavier Salomo
Éditions : Seuil jeunesse, 2016
ISBN : 9791023504989

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