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« Partir. Au-delà des frontières » : la crise des réfugié.e.s vue autrement

Alors que tant de choses sont dites au sujet des migrant.e.s et des réfugié.e.s, des auteur.e.s comme Francesca Sanna s’emploient à traduire pour les petit.e.s et les grand.e.s cette réalité complexe en mots et en images avec beaucoup de sensibilité.

Partir. Au-delà des frontières

Dans l’album Partir. Au-delà des frontières, l’auteure va au-delà des informations désincarnées, des statistiques anonymes ou encore des images sensationnalistes propagées par les médias pour mettre en lumière les expériences bien personnelles des migrant.e.s, et surtout, la force et le courage dont font preuve ces « voyageurs malgré eux ». C’est d’ailleurs sa rencontre avec deux migrantes dans un camp du sud de l’Italie qui a fait naître en elle le désir de créer cet album.

« Partir. Au-delà des frontières » - la crise des réfugié.es vue autrement

Adoptant un ton résolument intimiste, Sanna nous fait découvrir le chemin d’une famille en exil à travers les yeux d’une petite fille. Quelque part sur une plage où il fait bon vivre, une guerre éclate et la famille se voit dans l’obligation de fuir dans un ailleurs lointain. Le voyage est terrifiant, parsemé d’embûches, et se déroule dans des conditions de plus en plus précaires…

« Partir. Au-delà des frontières » - la crise des réfugié.es vue autrement

Partir, se déraciner, n’est pas un choix que l’on fait avec joie. C’est l’urgence qui occasionne le déracinement, et c’est la promesse de sécurité, de paix et de paisibilité qui donne sens au périple. Alors que les migrations sont loin de disparaître, des histoires de la sorte se révèlent être aujourd’hui plus que nécessaires. Elles permettent de se décentrer pour s’ouvrir à une réalité qui est, pour la plupart, étrangère. Elles nous permettent d’appréhender le monde au-delà de notre personne et d’ouvrir nos horizons.

« Partir. Au-delà des frontières » - la crise des réfugié.es vue autrement

« Partir. Au-delà des frontières » - la crise des réfugié.es vue autrementLa lecture de cet album est, en fait, un exercice d’empathie, qui est favorisé par la caractère universel de l’histoire. Les lectrices et lecteurs peuvent aisément s’identifier aux personnages (sans nom) ainsi qu’aux événements troublants auxquels ils sont confrontés (qui transcendent le temps, les cultures et les océans). Les personnages pourraient être nous et nous pourrions être eux (voir activités proposées plus loin).

Les illustrations s’arriment à merveille aux mots simples et touchants par lesquels s’exprime le point de vue de l’enfant sur cette situation. À partir d’un style graphique, qui n’est pas sans rappeler celui de Marjane Satrapi (l’auteure des bandes dessinées Persepolis), elles viennent cependant ouvrir tout un autre pan du récit qui dépasse largement la perspective de la jeune narratrice.

Le meilleur exemple est cette double page sur laquelle se trouve le texte suivant :

« La nuit, les bruits de la forêt me terrifient. Heureusement, maman est là. Elle n’a jamais peur. Alors nous fermons les yeux pour dormir un peu. »

Dans une double page, on peut voir d’un côté une illustration colorée et vibrante d’une mère rassurante qui enlace ses enfants dans la lumière du jour. Dans l’autre, alors que la nuit est tombée, ce portrait se trouve légèrement transformé. Les larmes s’écoulent tranquillement des yeux de la mère laissant transparaître sa fatigue et sa vulnérabilité.

Partir. Au-delà des frontières, la crise des réfugiées vue autrement

Les illustrations, en empruntant les codes du dessin animé, savent aussi créer une tension dramatique qui met en relief les émotions vécues par les personnages, que cela soit la guerre personnifiée par une silhouette noire aux multiples mains inquiétantes ou encore les « gardes-créatures » aux dimensions disproportionnées. Ce faisant, Francesca Sanna flirte avec les références de la culture enfantine (monstres et autres créatures effrayantes) tout en traitant d’un sujet grave et bien actuel (ce que l’album Halte on ne passe pas ! a également réussi avec brio avec ses gribouillis feutrés).

Finalement, je dois absolument mentionner que le papier texturé de grande qualité vient réellement rehausser l’expérience de la lectrice et du lecteur. Bien que je termine sur cette note, je dois souligner que c’est l’un des premiers éléments que j’ai remarqués. J’ai ouvert l’album et déjà j’étais conquise. Comme quoi tout se joue dans les détails !

Se dégourdir les neurones : Partir ou rester?

Partir. Au-delà des frontièresIl n’est pas si simple de décider de « partir ou de rester ». L’album invite à chausser les souliers des migrant.e.s un instant pour ressentir et comprendre « autrement ». Voici, dans cette visée, une petite activité qui permettra aux p’tits de se mettre dans la peau de personnes ayant à faire des choix difficiles.

Séparez votre local en deux zones. Par exemple, il pourrait y avoir une rangée de chaises pour celles et ceux qui décident de partir, de l’autre côté, les chaises seraient pour celles et ceux qui décident de rester. Les indécis pourront demeurer debout. Sélectionnez ensuite quelques situations parmi les suivantes et demandez aux enfants de choisir de partir ou de rester. Bien sûr, c’est la discussion qui s’ensuivra, au sujet des raisons justifiant leur choix, qui risque d’être la partie la plus intéressante de cette activité.

Situation 1 : Tu ne vis que pour le soccer. On t’offre une bourse pour suivre une formation de 4 ans dans l’école la plus reconnue au monde. Cette école se trouve en Chine. Que faire, partir ou rester ?

Situation 2 : Tu es une grande chercheure en biochimie, mais il n’y a pas d’emploi pour toi au Québec. Tu ne pourras donc pas poursuivre des recherches dans ton domaine. Un jour, on t’offre un emploi très payant dans un laboratoire prestigieux aux États-Unis. Le seul problème est que tu devras créer des armes chimiques. Que faire, partir ou rester ?

Situation 3 : Près de ta maison, à 60 km, se trouve une grosse centrale qui produit de l’énergie nucléaire. Un groupe d’écologiste vient de découvrir un bris. Le groupe a mesuré un taux de radioactivité nuisible à la santé jusqu’à 200 km autour de la centrale. Que faire, partir ou rester ?

Situation 4 : La guerre fait rage dans ton pays et le gouvernement ne réussit pas à rétablir la paix. Déjà, ton oncle et ta cousine en ont été les victimes. Que faire, partir ou rester ?

* Idées adaptées de ce site Internet !

Pour prolonger l’expérience…

Les Nations Unies ont créé le jeu en ligne très réussi, Envers et contre tout,  permettant de se renseigner sur les réalités de réfugié.e.s dans le monde ainsi que sur les droits humains. Pour y jouer, c’est ICI.

P.-S. Je vous invite à découvrir un autre album paru récemment qui aborde d’un autre angle le même sujet : Où vais-je vivre? écrit par Rosemary A. McCarney, publié aux éditions Scholastic.

Partir au-delà des frontières
Francesca Sanna
Éditions : Gallimard Jeunesse, 2016
ISBN : 9782070599912
5 ans et plus

Pour vous procurer cet album magnifique d’une grande actualité, c’est par ici :