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4 octobre 2017

« Si j’étais ministre de la Culture » : réfléchir au rôle de l’art dans nos vies

Pendant la Seconde Guerre mondiale,
un de ses conseillers
suppliait sir Winston Churchill
de couper dans le budget des arts
pour renforcer l’effort de guerre.
Churchill lui répondit :
« Mais alors pourquoi nous battons-nous ? »

« Si j'étais ministre de la Culture » : réfléchir au rôle de l'art dans nos viesC’est sur ce passage que s’ouvre « l’album manifeste » pour la jeunesse écrit par la dramaturge Carole Fréchette et illustré par Thierry Dedieu. Décidément, ces mots sont encore aujourd’hui d’une grande actualité. Rappelons-nous qu’il n’y a pas si longtemps, l’ancien ministre de l’Éducation, Yves Bolduc, justifiait les coupes budgétaires des bibliothèques scolaires en clamant haut et fort : « Il n’y a pas un enfant qui va mourir de ça ».

Mais faut-il réfléchir à la culture en termes de vie ou de mort? Si je reprends les mots de l’une des participantes aux ateliers philo que j’ai animés avec cet album (merci Julie !), la culture serait plutôt ce qui nous fait réellement « vivre » plutôt que « survivre ». C’est cette idée que l’auteure de l’album, s’imaginant alors ministre de la Culture, aspire à mettre en exergue. Elle veut montrer « le manque, la sécheresse, la déprime profonde » d’une vie exempte d’art et de culture où notre imagination s’atrophie et le monde des possibles se rétrécit.

Des journées SANS culture? 

Lasse de « servir les arguments mille fois répétés », elle décide d’instaurer les journées sans culture. C’en est fini de la musique, de la danse, des séries télé et même des clips de YouTube. Plus de livres ni d’oeuvres d’art dans les musées ! Qu’un seul modèle de voitures et de vêtements ! L’auteure pousse le ridicule jusqu’à distribuer des dispositifs visant à ce que nul ne puisse jouir des beautés architecturales.

Mais « [c]ombien de temps dureraient ces « journées sans culture »? Le temps qu’il faudrait pour bien sentir l’enfer suffocant que seraient nos existences dans cet univers de stricte efficacité. », répond Madame la Ministre. De fait, l’album se clôt sur l’image d’un collègue paniqué qui n’arrive pas à s’endormir. En manque de culture, il se sent asphyxié. La démonstration fait état de force et la ministre jadis dit « du superflu » devient dorénavant la « ministre de l’oxygène ».

Regardez la présentation de l’album jeunesse Si j’étais ministre de la Culture

Réfléchir au rôle de l’art dans nos vies

Si j’étais ministre de la Culture est un album astucieux qui fait usage d’un procédé inédit. C’est un manifeste qui convainc par la voie de l’imaginaire. C’est en sollicitant nos sens et nos émotions qu’il cherche à pénétrer le monde de la rationalité et à venir attendrir la coquille des coeurs de ceux et de celles dont les yeux ne sont rivés que sur la croissance et la productivité.

En tant qu’enseignante au primaire, passionnée de littérature jeunesse et de philosophie pour enfants, les mots de Carole Fréchette résonnent en moi. Ils me rappellent que ce qui est une évidence pour moi ne l’est pas aux yeux de toutes et de tous. Aujourd’hui plus que jamais, il faut réaffirmer l’importance de prendre le temps de rêver et de penser au-delà des exigences toujours croissantes de performance.

Heureusement, il y a des souffles qui nous procurent une bonne dose d’oxygène. Des mots comme des galets qui ricochent dans l’eau. Du moelleux qui nous chatouille les doigts. Un bouquet que l’on a le goût d’offrir en cadeau.

C’est d’ailleurs ce que je me suis empressée de faire au moment où j’ai reçu l’album; je l’ai déposé dans la bibliothèque de classe. Le grand format, la couleur orangée ainsi que la Ministre aux traits bouffonesques ont tout de suite capté l’attention de mes élèves. L’album a voyagé de main en main jusqu’à ce qu’une de mes élèves, dotée d’un sens de l’observation aiguisé, m’indique qu’ils étaient dorénavant des « passeurs de culture » tel qu’on les invitait à l’être sur la quatrième de couverture.

Maintenant, c’est à votre tour ! Lisez et « passez à votre voisin » !

Se dégourdir les neurones !

La lecture de cet album a aussi été le point de départ d’un atelier de discussion philosophique que j’ai animé avec un groupe d’enfants et un groupe d’adultes. Ensemble, nous avons réfléchi au rôle de l’art dans nos vies. Voici leurs réflexions sur le sujet.

Avec les enfants 

« Si j'étais ministre de la Culture » : réfléchir au rôle de l'art dans nos viesAvec les enfants, la question de la fonction décorative de l’art a rapidement été soulevée. En général, ces derniers ont relevé que l’art servait à embellir notre environnement. Ils ont ensuite mentionné que l’art était un moyen d’exprimer ou de ressentir différentes émotions. Pour certain.e.s, l’art avait aussi l’objectif de susciter une réflexion. Enfin, l’un d’entre eux a ajouté que c’était aussi une façon de laisser sa trace dans le monde et dans le temps.

Cependant, la discussion a rapidement dévié de la question de départ. Le groupe a ressenti le besoin de définir le concept à l’étude, soit l’art, à partir de la sous-question suivante : « Un pupitre, est-il une oeuvre d’art? ». À mon grand étonnement, la plupart des enfants ont considéré qu’il s’agissait bel et bien d’art. Leurs arguments? Il y a des motifs décoratifs sur les pupitres (fonction décorative). On a dû les imaginer dans notre esprit avant de les concevoir (fruit de notre imagination). Une enfant avait une réponse plus nuancée; un pupitre peut devenir une oeuvre d’art si on le détourne de sa fonction première, en le virant à l’envers par exemple (susciter une réaction ou une réflexion). Pour d’autres toutefois, un pupitre n’est pas de l’art puisqu’il s’agit d’un objet que l’on reproduit en série (perte d’unicité) dans un but précis (fonction utilitaire).

Avec les adultes

Avec les adultes, il a rapidement été question du lien entre les arts et la vie. Pour les participant.e.s., la culture et les arts nous permettent de prendre le pouls de notre société, que cela soit l’art engagé ou les formes plus commerciales. Dans un contexte de répression, ils deviennent l’objet d’une lutte symbolique entre ceux et celles qui cherchent à imposer leur pouvoir ainsi que ceux et celles dont le point de mire est la liberté. L’art est aussi une expérience intime qui nous permet de ralentir pour mieux se connaître et apprécier ce qui nous entoure. Au fil des discussions, le groupe s’est également posé la sous-question suivante : « L’art sert-il à tout le monde? ». Dans certains contextes, il permet de relier autrement les gens alors que, dans d’autres, il agit comme outil de distinction sociale.

Voilà les germes d’une réflexion à poursuivre ! Et vous, qu’en pensez-vous? À quoi servent les arts et la culture?

Pour y réfléchir, procurez-vous cet album qui deviendra assurément un « classique » de la littérature jeunesse québécoise.

Si j’étais ministre de la Culture
Carole Fréchette & Thierry Dedieu
Éditions : D’Eux, 2016
ISBN : 9782924645062

Pour vous procurer l’album Si j’étais ministre de la Culture, cliquez ici :