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Entrevue avec Timothée de Fombelle et COUP DE COEUR pour «Le livre de Perle».

Quand les éditions Gallimard m’ont proposé de faire une entrevue avec Timothée de Fombelle, je n’en suis pas revenue. J’ai beaucoup d’admiration pour ce grand auteur jeunesse lu partout dans le monde et j’avais très envie de plonger dans son univers. Voici donc mon entrevue avec lui :

Anabelle : Parlez-nous de votre roman «Le livre de Perle».
Timothée : «Le Livre de Perle» se raconte en trois histoires, mais qui se rejoignent en une seule (j’espère !). Le point de départ, c’est un personnage, Iliån, qui est chassé d’un monde de féérie et qui débarque dans notre monde. C’est la première couche de l’histoire. La seconde couche, c’est ma rencontre avec cet homme. La troisième couche c’est la traversé de l’homme dans le 20e siècle jusqu’à aujourd’hui. Il va chercher à rejoindre le monde dont il a été chassé par un sortilège.

Il y a une part presque autobiographique qui est le récit de mon imaginaire, l’histoire de comment est né mon imaginaire à 14 ans et comment il s’est développé jusqu’à aujourd’hui. Ensuite il y a ce personnage Iliån qui puise dans le monde des contes de fées. Pour retourner d’où il vient, il devra rassembler les preuves des fées qui vont défaire ce sortilège captif dans notre monde incrédule.

A : Autobiographique? Dites-m’en plus?
T : Oui, je ne voulais pas n’importe quel narrateur. Je voulais raconter mon itinéraire. Mais bon, est-ce que c’est vraiment autobiographique ? J’ai du mal à distinguer le vrai du faux parce que ma vie est faite comme ça, de cette réalité qui rejoint le monde de l’imaginaire. C’est vrai qu’à 14 ans, y a eu une période clé de ma vie. J’ai vécu une rencontre dans une maison au bord de l’eau, une rencontre qui ressemble à celle-là, mais je ne peux pas jurer que cet homme venait des contes de fées. C’est vrai qu’il rassemblait des objets et qu’il a déclenché un imaginaire en moi.

J’espère que ce personnage me ressemble vraiment parce que j’ai écrit le livre le plus personnel, le plus intime de tous les livres que j’ai écrit en racontant cette histoire.

A : Est-ce que chacun de vos livres contient une partie de vous ?
T : Je crois que quand on écrit, on ne peut s’empêcher de revenir à ce qui compte pour nous, on écrit avec tout ce qu’on est et donc les personnages nous ressemblent.

A : Pourquoi avoir tricoté une partie de l’histoire autour de la Seconde Guerre mondiale ?
T : Parce qu’elle a marqué ma vie, mais pas pour l’avoir vécue, je suis né une trentaine d’année après. Mes grands-parents l’ont vécue et me l’ont beaucoup racontée. J’ai l’impression d’avoir grandit avec ces récits, ces histoires qui ont forgé mon imaginaire et mes propres histoires. Y a aussi le fait que cette période-là − je parle des années 30 jusqu’à 1945 − c’est une période d’une intensité de vie, comme une loupe mise sur la vie. Quand on est auteur, on place les personnages dans des périodes comme celle-là parce que c’est un vivier d’émotion, de décisions qui, pour un roman d’aventures, est une période idéale.

A : Pourquoi «Perle» ?
T : Ça fait 15-20 ans que j’ai cette histoire en tête et que je prends des notes dans des carnets, que je crée cette collection d’objets de monsieur Perle. Je sais que mon personnage s’appelle Perle. Je ne sais par contre pas du tout pourquoi, mais c’était le nom de ce personnage.
D’ailleurs j’ai eu un choc cet été alors que je terminais l’écriture de ce roman, j’ai découvert que dans le mot «perle», il y avait également «père» et qu’au centre on avait ajouté un «L». Mon père s’appelait Laurent. D’abord, j’ai perdu mon père quand j’étais jeune. Je sais que cette tragédie de la mort de mon père a été décisive dans ma vie. Je suis sûr que dans le personnage de Perle, il y a une image de mon père. Inconsciemment, ce personnage de Perle lui ressemble beaucoup.
Bien sûr je voulais un nom qui soit comme un trésor, cette idée d’un objet précieux. C’est un peu comme la perle qui prend des années et des années à se former dans l’huitre.

Timothée de Fombelle

Timothée de Fombelle et moi lors de notre entrevue via Skype.

 

A : Est-ce que vous écrivez ce que vous n’êtes pas ou auriez voulu être ?
T : Oui, je crois que l’écriture est la plus grande des libertés. Avant qu’on se parle j’étais en train d’écrire une histoire avec un train à vapeur qui passait avec un cheval qui courait à côté. Je me disais, mais quel rêve de raconter ces histoires, et de noyer ce cheval dans la vapeur de ce chemin de fer. Est-ce que je préfèrerais le vivre, je ne suis pas sûr parce que je suis très heureux de ma vie parce qu’on est quand même dans un temps qui est passionnant. Parfois j’ai une petite nostalgie alors j’ai aménagé mon petit atelier où j’écris pour qu’il soit un peu intemporel. Justement, y a les valises que j’ai rassemblées autour de Monsieur Perle que j’accumule depuis des années [Voir photo ci-dessus]. Oui il y a une part de nostalgie, mais il y a aussi l’excitation d’avoir le droit de raconter. Je peux écrire deux lignes et les images naissent. Ça ne coute que le prix d’un petit stylo et du papier.

A : Écrivez-vous en gardant en tête que votre roman s’adresse à un lectorat adolescent ?
T :  Je ne mets aucun effort pour simplifier ou pour que ce soit accessible parce que c’est ma langue naturelle. Je fais aussi extrêmement confiance aux adolescents qui connaissent très bien ce que c’est la complexité. D’ailleurs, je suis presque certain que ceux qui se perdent dans mes livres ont plus de quarante ans (rire). Les jeunes lecteurs ont soif de ces mondes qui leur offrent des histoires entremêlées, ça ne leur fait pas peur du tout.
En fait, c’est surtout que je ne veux pas exclure les jeunes. Beaucoup d’auteurs pour adultes ne pensent même pas à leur donner envie de lire leur livre. Le livre de Perle a comme un emballage qui dit c’est aussi pour vous. L’adolescence est une période d’une telle sensibilité où on vit une sorte de guerre intérieure, un combat. Écrire pour eux c’est merveilleux parce qu’on les touche pour toujours. Par contre, l’adulte qui lit oubliera peut-être demain.

A : Travaillez-vous avec un plan pour l’écriture de votre roman?
T : Je n’ai pas de synopsis détaillé qui raconterait l’histoire en quatre pages, mais j’ai des notes dans des cahiers, des calepins et j’ai des plans, une sorte de cartographie qui est prête quand je commence, toujours. J’ai besoin de savoir où je vais. Quand on parlait des 3 histoires tout à l’heure, elles étaient très complètes, mais ce que je ne savais pas, c’est comment j’allais les imbriquer.
J’ai des amis auteurs qui fonctionnent tout à fait différemment, qui partent à l’aventure. Je pense à Jean-Claude Mourlevat qui écrit les premières pages et se laisse emmener avec ses personnages. Moi je ne fonctionne pas comme ça, je suis trop inquiet et j’ai besoin d’être rassuré sur la construction que je veux donner. Bien sûr, ça marche si le projet est mûr et sincère. Je peux écrire un livre que s’il est très très en moi, qu’il m’habite depuis très longtemps et que j’ai retourné dans tous les sens.

Timothée de Fombelle


Le livre de Perle
OUF. Oui «ouf» parce que j’ai terminé ce livre essoufflée, le coeur qui battait fort et à toute vitesse. Il aurait été impossible pour moi d’en débuter un nouveau durant les deux jours qui ont suivi. Timothée de Fombelle a su non seulement nous faire vivre trois histoires absolument fascinantes, mais il possède ce rare talent de pouvoir raconter en peu de mots. Pas une seule page, pas une seule phrase ni encore même un mot n’est de trop. C’est grand ce que je dis, je sais, mais chaque mot est bien choisi pour une raison. On aurait facilement pu avoir un roman de 600 pages, mais finalement, il en compte presque 300 et c’est tant mieux car ça envoie comme effet une décharge d’émotion sur le lecteur qui arrive à peine à tourner les pages assez rapidement tant on le dévore. Le livre de Perle m’a fait vivre beaucoup d’émotions; je l’ai terminé et j’avais envie de pleurer sans raison particulière, simplement, j’avais vécu à travers les personnages et c’est comme si mon corps souhaitait évacuer.
Ce roman s’adresse certes aux adolescents, mais également aux adultes car l’histoire n’est en rien enfantine.

Pour lire un extrait c’est ICI!

Le livre de Perle
Timothée de Fombelle
Éditions : Gallimard, 2014.
ISBN : 9782070662937
12 ans et plus (lecture avancée).

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