Oui, je crois. Mon chien est raciste. Enfin, pas le mien, mais celui de Maël.

Quelle idée saugrenue, n’est-ce pas? C’est bien ce que je me suis dit, sourire à l’appui, en lisant le titre de ce roman pour les 7 à 12 ans publié chez Albin Michel Jeunesse. N’en pouvant plus et voulant assouvir ma curiosité, j’ai quitté la librairie, ce jour-là, avec le bouquin.

Mon chien est raciste

Maël, 10 ans, se prépare à aller au cinéma avec sa famille quand, tout à coup, il découvre un joli molosse sur le palier de l’immeuble où il habite. Maël et sa famille succombent au charme du canin. Après quelques vaines recherches pour retrouver son foyer, ils décident de l’adopter. Tout de suite, une amitié se développe entre notre jeune héros et le chien, qu’il nommera Minou – parce qu’il ronronne comme un chat. S’il ronronne parfois, il grogne aussi, ce qui place la famille dans des situations bien délicates. En effet, ils découvrent peu à peu que c’est à la fois la couleur de peau de la voisine, du présentateur télé ou encore du mari de leur tante qui fait tant réagir le chien. Minou serait-il raciste? Cette question sera la première d’une série qui viendra bousculer la paisible existence de la petite famille, de leur entourage et des lecteurs.

Ce que j’en pense ! 

Tout en prenant un délicieux bain de soleil, je me suis mise à lire les quelque 111 pages concoctées par l’auteure Audren et ponctuées des illustrations d’Oubrerie (on parle de lui aussi ICI). La lecture ensoleillée et le racisme peuvent sembler être un mariage bien triste et maladroit, me direz-vous? Eh bien, détrompez-vous !  L’auteur traite ce sujet avec tant de finesse et d’humour que je me suis surprise à échapper quelques éclats de rire seule sur mon balcon. L’angle par lequel la thématique est exploitée est tout à faire original et cocassesans omettre de susciter la réflexion.

Mais attention; exit la morale prêchi-prêcha !

La richesse de ce court roman est qu’il peut être exploité pour déclencher un véritable dialogue philosophique avec les p’tits. Bien sûr que le racisme est à proscrire, mais que se passe-t-il lorsque l’un de nos proches adopte des comportements racistes? Comment doit-on réagir ? Et surtout, peut-on être gentil dans certains cas et raciste dans d’autres?

Voilà le coeur de la question. Alors, qu’on nous présente souvent les « bons » et les « méchants  », il est tout à fait rafraîchissant de présenter un personnage qui a de belles qualités – c’est un chien affectueux et enjoué -, mais aussi des côtés plus sombres – il grogne lorsqu’il voit des personnes à la peau noire. Jusqu’ici, Maël admet n’avoir rencontré « le racisme que chez des gens dérangés comme madame Orpanifluz » (p. 87), qui représente l’archétype de la grincheuse pas fine.

Mon chien est raciste.Reconnaître que nous avons tous en nous des forces positives, mais aussi négatives est le premier pas pour se libérer de notre narcissisme, de nos peurs et des stéréotypes que l’on porte en nous souvent inconsciemment. Afin d’échapper aux dangers de la pensée binaire, cette réflexion doit être amorcée dès l’enfance dont on a tendance à exacerber la candeur. La touche de génie d’Audren est de camper le comportement indésirable chez un animal. Ce faisant, elle crée une certaine distance qui permet d’aborder cette thématique avec plus de facilité, en tempérant la charge émotive sans néanmoins amoindrir la portée réflexive de l’ouvrage.

Évidemment, aucun chèque en blanc n’est accordé aux comportements racistes. Encore faut-il comprendre ce qu’est le racisme. Ici encore, plusieurs pistes, qui devront être développées à la suite de la lecture, sont offertes pour appréhender un concept plutôt complexe. La mère de Maël propose une définition alors que la tante et l’oncle du garçon exposent plusieurs repères culturels nécessaires à sa pleine compréhension : colonialisme, esclavage, Ku Klux Klang, Martin Luther King, Rosa Park, etc.

Tout cela peut sembler un peu didactique, mais il n’en est rien. Ces péripéties sont entremêlées avec d’autres épisodes de la vie d’un petit garçon de 10 ans : vacances à la campagne, discussions familiales, premiers émois amoureux. La lecture est agréable et les touches d’humour qui parsèment l’ouvrage vous feront sourire à coup sûr. Le tout se termine sur une note d’espoir. Je ne vous en dis pas plus.

Se dégourdir les neurones !

Comme cette lecture ouvre des avenues riches pour la réflexion, je vous suggère fortement de le lire en famille ou encore en classe (pour les profs). La lecture du roman peut facilement être scindée en deux parties (la première s’étalant du premier au quatrième chapitre, et la seconde, du cinquième au neuvième). Cela permettra aux enfants d’identifier à mi-parcours les questions qui émergent à la suite de la lecture du récit, et d’ainsi planter les balises nécessaires à la délibération philosophique.

Voici quelques questions qui pourront certainement initier des dialogues féconds et, espérons-le, nuancés :

  • Pourquoi Minou agit-il ainsi?
  • Qu’est-ce que le racisme? Quel est son contraire?
  • Comment reconnaître une personne raciste?
  • Peut-on être raciste envers une seule personne?
  • Peut-on désapprendre à être raciste?
  • Peut-on être à la fois intelligent, gentil et raciste?
  • Peut-on continuer à aimer une personne (ou un chien) raciste?
  • Si Minou est raciste, est-ce que cela veut dire que Maël et sa famille le sont aussi ? Comment peut-on l’expliquer?
  • Comment doit-on réagir lorsqu’une personne que l’on aime fait preuve de racisme ? Est-on raciste par affiliation?

Vous pourriez également reprendre certains passages et demander aux enfants de les commenter en justifiant leur point de vue.

Extrait 1, p.25 : 

Au lieu d’appeler votre chien Minou, vous auriez mieux fait de prendre un vrai chat, considéra ma grand-mère. Les chiens sont un peu bêtas, je trouve.

Tu dis ça parce que tu n’as jamais eu de chien, lui reprocha ma mère. Ce sont des préjugés. Je n’aime pas les préjugés. 

Extrait 2, p. 28 : 

Tu veux dire qu’il y a des trucs que je ne connais pas de toi?

Forcément, je crois même qu’il y a des trucs que moi je ne connais pas de moi. Nous ne savons pas tout sur notre nature profonde, Nous ne connaissons pas complètement. Nous sommes tous un peu mystérieux pour nous-même, et pour les autres. 

Extrait 3, p. 41 

Vous savez ce qu’on dit : tel maître, tel chien ! Votre clefs n’a certainement pas développé cette haine tout seul.. Vous devez y être pour quelque chose malgré vous…

** GRANDE NOUVELLE ** : Mon chien est raciste est finaliste pour le Prix jeunesse des libraires du Québec pour 2016 dans la catégorie 6-11 ans hors Québec ! Bravo !

Mon chien est raciste
Audren & Clément Oubrerie
Édition : Albin Michel-Jeunesse, 2015
ISBN : 9782226315557

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Last modified: 23 février 2016

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