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« Quand on était seuls » : Témoigner des pensionnats autochtones

C’est bien connu, on ne peut rien cacher à l’enfant curieux. Or, quand la curiosité fouille du côté des histoires qui serrent le cœur, comme celle du passé encore endolori des pensionnats autochtones, s’armer de littérature paraît judicieux. Surtout si c’est l’album illustré Quand on était seuls, de David A. Robertson et Julie Flet, qui procède aux explications. Pour notre plus grand bonheur, les Éditions des Plaines en ont édité la version française en 2017, année où il fut récipiendaire du prix littéraire du Gouverneur général. Joliment tressé d’un brin de mots en cri, on y raconte l’acharnement des pensionnats autochtones à déliter les communautés en annihilant un à un tous leurs marqueurs identitaires. C’est par le récit d’une grand-mère cri à sa petite fille que la magie de la transmission s’opère dans cet album illustré honorant à la fois écriture et tradition orale. Il faut déplier l’étoffe de ces pages pour s’enquérir d’une histoire recousue sur le droit fil.

« Quand on était seuls » : Témoigner des pensionnats autochtones

« – Nókom, ai-je demandé, pourquoi tes vêtements sont-ils multicolores?

Eh bien, Nósisim…
Quand on avait ton âge, dans notre communauté, on portait beaucoup de couleurs différentes. Mais à l’école où on est allés, loin de chez nous, on a reçu d’autres vêtements. Tous les enfants étaient habillés de la même façon, et nos uniformes étaient grisâtres. Regroupés, on ressemblait à un ciel de tempête.

Pourquoi deviez-vous vous habiller comme ça? aie-je demandé.

Ça les agaçait qu’on porte de si belle couleurs, a répondu Nókom. Ils voulaient qu’on soit pareils aux autres. »

Témoigner des pensionnats autochtones

« Quand on était seuls » : Témoigner des pensionnats autochtonesLe livre procède par tableau, 8 en tout, en mode dialogique. Une question, une réponse. Ce qui donne une belle cadence à ce récit volant au-dessus d’une poésie d’images ocre galvanisées par des éclats de couleurs vives toujours justifiés sur le plan narratif.  Pour fournir les explications à son attachement aux coutumes, Nókom (grand-mère en cri) télescope sa petite fille dans ses souvenirs d’enfance. Cette paire de femmes, asymétrique, l’une couverte des étoiles du passé, l’autre, exploratrice d’un ciel ignoré, démêle l’écheveau d’une histoire que la linéarité rebute. Pour raconter, on souffle des bulles de souvenirs, on respecte les pointillés et les parenthèses​ de la mémoire. Ce procédé compose un récit d’enfance assez puissant pour que s’entendent les murmures de la violence des nattes coupées, des habits jetés, de la langue muselée et des liens familiaux empêchés. Un témoignage dur, mais à claire-voie, soulignant l’importance des moments d’insoumission, choisissant de raconter la résistance, la résilience et la fierté.

En raccommodant soigneusement le temps déchiré, Nókom rappelle que ce ne sont pas les accrocs qui dessinent son étoffe, mais la splendeur inventive de son rapiéçage. Que le temps « perdu » sera bientôt retrouvé. Que la solitude, enfin, par la force des liens renoués, n’aura plus jamais droit de cité. Le temps de verbe du titre en fait la promesse.

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Éditions Auzou Les cris

Générations 

« Quand on était seuls » : Témoigner des pensionnats autochtones

Bercées par un jardin dont la fonction dépasse celle de décor, fille et grand-mère reconstruisent, par poignées, une nouvelle botanique, un printemps de mots pour se raconter. Nókom n’hésite pas à déciller les paupières interrogatives de sa petite fille afin d’accomplir le geste intergénérationnel le plus pur, celui de passer un savoir dans la délicatesse dont sont capables ceux et celles qui ont eu le temps – sagesse des ainé.es – de distiller la douleur.

Pour l’enfant issu de ce passé éprouvant, ces pages, comme la captation d’une précieuse conversation, rappellent le courage hérité. Pour l’enfant allochtone – et pour ses parents – il s’agit d’un devoir de mémoire et d’humilité, le document écrit d’une oralité dont les échos, dans nos sourdes sociétés, frappent trop de murs pour protéger son discours. Quand on était seuls conserve la partition intacte. Les livres jeunesse sont comme ça parfois, des petits musées portatifs accueillant les questions des enfants, leur offrant un tour guidé, à leur hauteur et, dans ce cas, une visite virtuelle d’une histoire trop peu abordée. Ces livres-là, il faut leur lire.

Quand on était seuls
David Alexander Robertson & Julie Flett
Éditions : des Plaines, 2018
ISBN : 9782896116256
5 à 9 ans

Pour voir un extrait (de l’édition anglaise) de l’album, CLIQUEZ ICI !

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Pour vous procurer l’album Quand on était seuls et comprendre ce qui s’est passé dans les pensionnats autochtones ou pour en apprendre plus avec l’album documentaire Je découvre et je comprends – Les cris, cliquez ici :